En
novembre, entre New York et Nashville, pour Johnny
et Sylvie,
c'est la vie de stars. Les « amoureux
terribles » jouent au poker en plein vol. Pour elle,
première découverte du nouveau continent. Pour lui, étape
importante dans une carrière glorieuse. Tous deux
enregistrent à Nashville, mais pas dans le même studio :
elle chez R. C. A. Victor, lui chez la filiale de Philips...
"...Depuis
quelques mois Vince Taylor a disparu de l'affiche, ce qui me
permet d'engager le fameux Bobby Clark. Bobby ne veut venir
qu'à une seule condition :
- Je signe, mais tu engages mon bassiste.
Pas de problème !
Retour aux États-Unis pour un voyage d'arrangements
musicaux et de promotion. Le 22 novembre 1963, je travaille
avec le Jerry Kennedy Orchestra, à Nashville - Tom
Burlington, Buddy Harman, Ray Stevens et Boots Randolph -
lorsqu'une nouvelle stupéfiante interrompt la session : le
président John Fitzgerald Kennedy vient d'être assassiné
à Dallas. Personne ne veut y croire. Jusqu'aux premières
images de l'attentat diffusées sur les news. Je décide de
rester aux States. Lee vient me rejoindre. À New York, nous
écumons les bars de Greenwich Village à la recherche de
nouveaux talents. Je veux d'authentiques musiciens de rock
'n' roll.
Je me sens mal dans ma peau. J'ai la désagréable sensation
de virer au crooner. J'ai changé de style pour durer, pour
apprivoiser, pour mettre le grand public dans ma poche. Pour
polir une image trop rugueuse. Maintenant, il est temps de
retourner a mes véritables racines, celles d'un rock sans
concession. Dans quelques mois, je vais partir faire mon
service militaire, et je ne veux pas rester sur l'image de
Johnny-la-guimauve.
Un soir, à Greenwich Village, au Trudi Hiller Club, je
tombe en extase devant un guitariste fulgurant. Il s'appelle
Joey Greco. Je l'écoute pendant trois heures. Lee partage
mon enthousiasme. Joey nous conseille alors d'écouter son
bassiste, Ralph Di Pietro. Même fulgurance. Nous discutons
dans un bar jusqu'à 6 heures du matin, et signons deux
contrats de six mois. Renouvelables. Je suis persuadé que
ces deux-là, associés à Bobby Clark, vont me faire
réaliser de grandes choses.
Ce sera le début de Joey and the Showmen..."
Johnny
a enregistré dans la capitale mondiale du rock, Nashville.
Quatre jours lui ont suffi, dans l'ambiance unique des studios
Bradley, pour mettre en boite ses 20 titres. Certains sont des
adaptations, mais il y a aussi des originaux : « Les Mauvais
Garçons » et « Moi, cette fille-là », dont les paroles
sont de Ralph Bernet sur des musiques de Johnny; et «
J'embrasse les filles » dont l'auteur-compositeur est
Jean-Jacques Debout.
Johnny Hallyday, on le voit, est tenu à juste titre par tous
pour le magicien qui réussit tous ses coups. Mais le
témoignage le plus extraordinaire qui ait jamais été
recueilli à son sujet est sans doute celui d'un des plus
grands personnages du show business américain, Shelby
Singleton. Il est le directeur de la société sœur de
Philips aux U.S.A., Mercury. Il a assisté aux enregistrements
de Johnny. Et cet homme - l'un des plus difficiles au monde à
enthousiasmer - a éprouvé le besoin de traverser
l'Atlantique pour assister à une soirée de Johnny. Il a dit:
« Ce garçon pourrait entreprendre une nouvelle carrière
éblouissante n'importe où, même et surtout aux U.S.A. Il
n'a qu'à arriver chez nous, s'y installer, et il sera en
quelques semaines l'égal des plus grands que nous ayons
jamais connus. » Johnny, capable d'intéresser - mieux, de
passionner - les Américains : voilà qui étonnera bien des
gens, même dans les rangs de ceux qui l'admirent et l'aiment.
Mais je vous l'assure, M. Shelby Singleton n'est ni un
vulgaire flatteur ni un doux mythomane. Il sait ce qu’il
dit.