Récit d'une rencontre...

Dans "Limited Access" N° 15 de janvier 2009.

La genèse de ce projet ?
Warner, qui est également ma maison de disques, suivait mon travail de réalisateur et d'arrangeur de près et je ne le savais pas. Je savais que j'étais sur une liste de réalisateurs possibles mais de la penser que je serai choisi ! II se trouve que je travaille avec Calogéro avec qui j'avais réalise notamment l'album « Face a la mer » que Johnny adorait. II était donc assez favorable a ce qu'on travaille ensemble.
Le 1er mai 2008 à 21hOO, j'ai reçu un appel du directeur artistique de Warner, Jef Cahours, et il m'a demandé : « est-ce que tu veux réaliser l'album de Johnny ? ». J'ai cru m'évanouir. Réaliser tout un album, c'est déjà quelque chose de très fort et, en plus, pour Johnny Hallyday, c'était à peine croyable. C’était tellement inattendu car j'ai avant tout un parcours libre. Je suis auteur compositeur, je chante aussi mes chansons et, même si je suis réalisateur, ce n'est pas quelque chose que je revendique comme un métier. J'ai réalisé des albums pour des gens connus comme Calogéro ou Archive et d'autres moins connus. Je crois que ce qui intéressait Jef Cahours dans le cadre de ce projet, c'est mon cote roots, ma jeunesse et l'approche rock de mon travail. Le pari était fantastique pour moi, même si je pensais au départ que d'autres étaient plus arrivés, plus installés que moi pour assumer cette réalisation. Moi, je n'ai aucun plan de carrière, j'essaie juste de me faire une vie d'artiste et ce genre d'aventure est fabuleuse. J'ai commencé la musique en montant des groupes à l'âge de 10 ans puis j'ai fait le conservatoire. J'ai découvert les Beatles, un choc, et j'écoutais particulièrement les cuivres et les cordes et, comme un bon rocker, j'ai eu envie de savoir faire ça moi aussi. J'ai appris ! Plus tard, je suis monté à Paris et j'ai monte un groupe, Montecarl, qui a été signé par une maison de disques. Là, à 25 ans, j'ai cru que c'était arrivé. Que j'allais être Mick Jagger ou Jean-Louis Aubert et que c'était ça, être artiste. Et puis j'ai compris qu'une vie d'artiste, ce n'est pas ça. C’est des hauts et des bas, des rencontres, des expériences, des aventures, des choses inattendues et c'est ce chemin d'artiste que j'emprunte depuis. 
Réaliser un disque pour moi ou pour Johnny, c'est exactement la même chose. J'y mets la même énergie, la même envie. Je travaille avec Johnny comme sur un projet personnel. II n'y a ni frustration ni envie d'être ailleurs. Je me suis senti parfaitement à ma place. Et ma place, c'est de ne jamais voler un projet à un artiste, mais au contraire de le servir au mieux. Je reste à ma place et j'essaie de conserver toujours la même spontanéité, la même fraîcheur comme si à chaque fois, c'était la première avec toujours ce respect pour les gens avec qui je travaille. C’est ma façon de travailler.

La première rencontre avec Johnny ?
Nous sommes partis une semaine à Los Angeles avec Jef Cahours pour le rencontrer. C'était à la mi-mai 2008. II m'a reçu dans sa cuisine, très simplement. II a été immédiatement très gentil, adorable. II m'a dit qu'il aimait bien mon pantalon. II faut dire que j'avais mis un magnifique pantalon brodé mexicain, type mariachi assez rock'n'roll. Je pensais bien qu'il appréciait ce genre de fringue et évidemment, il l'a remarqué. On a parlé tout de suite de musique. Johnny te transperce du regard, et t'as pas besoin d'essayer de faire style ou quoi. Pas la peine de tricher, ça ne sert à rien avec lui. De mon côté, je l'ai aussi observé et puis je me suis laissé capter par l'homme et le personnage. Pendant une semaine, on a discuté, on est allé au resto, on a parlé musique. J'avais amené ma guitare avec moi et je jouais souvent, tout en discutant. Johnny avait l'impression que je jouais tout le temps et parfois, il se mettait à chanter. On a ainsi repris du Elvis ensemble. Je me souviens aussi d'un « Slow down », en français, « Dégage » d'enfer ! Moi je voulais qu'il comprenne que je n'étais pas un produit du show biz, mais juste un passionné de musique et surtout de rock'n'roll. Johnny me disait : « Tu vois, je voudrais sur ma voix l'effet
qu'avait Elvis sur ce morceau ».  Je lui répondais « oui, c'est fait avec un Echoplex, c'est telle machine, je connais par coeur et j'adore cet effet », il me répondait : « Toi et moi, on se comprend ! »

On n'était plus entre gens d'un métier mais entre passionnés de musique. Mon défi, mon rêve, c'était de voir un Johnny excité par le travail sur l'album et je suis content car je pense qu'il l'est. Pour ma part, je ne fais jamais rien en terme de calcul ou de profit, je veux qu'il y ait juste un peu de folie et c'est comme ça qu'on a fonctionné avec Johnny. Et je crois qu'il est fier de ce qu'on a fait. A la fin des séances, il m'a offert une magnifique guitare de 1963, en me remerciant et en me disant : « Tu m'as redonné l'envie d'avoir envie ». Ca peut paraître cliché mais il ne pouvait me faire plus beau compliment que ça car tout ce que je voulais, c'est qu'il soit fier et partie prenante de cet album. II a eu envie et ça se voyait. Petit à petit, il était de plus en plus présent aux séances. II dirigeait les séances de cuivres et de choeurs en disant, « je veux plus de ci ou de ça ». II s'est investi et c'est vraiment devenu son disque.
Y a t il eu des sujets de discorde entre vous ? 
On ne peut pas dire ça. Disons qu'il y a eu des désaccords ou de divergences sur deux ou trois chansons mais c'est tout à fait normal car d'un côté il y a les compositeurs et de l'autre Johnny, et moi au milieu pour tenter que tout le monde soit content du résultat. Et donc une fois ou deux, il a pu y avoir des différences de point de vue mais c'est rien du tout.
Et l'interprète Johnny, comment est-il ?
Alors, l’interprète Johnny, il arrive au studio à 15hOO. Il descend de sa voiture en râlant. II faut préciser que le studio était très petit, très modeste. Une ambiance quasi familiale avec juste quatre personnes présentes pendant les séances. Jef, François Gauthier, l'ingénieur du son, Johnny et moi. Devant le studio, deux chaises ou Johnny et moi, on se posait pour cloper. En arrivant donc, Johnny s'installait sur la chaise et fumait ses Gitanes en râlant : « J'ai pas envie, j'ai pas envie » A un moment, je disais « faut y aller ». Johnny entrait dans la cabine, se posait devant le micro. Il donnait l'impression de cracher ses poumons pour éclaircir sa voix et disait « il n'y a pas assez de reverb ». Et quand c'était ok pour lui, il se mettait à chanter, on avait les cheveux qui se dressaient sur la tête et c'était juste sublime. II faut savoir que Johnny travaille plutôt au dernier moment et ensuite il chante comme s'il connaissait la chanson depuis des mois. J'ai travaillé avec pas mal de chanteurs qui cherchent souvent le sens de ce qu'ils chantent, posent des questions. Johnny, c'est immédiat, il est instantanément dans le sens de la chanson. C’est incroyable. II met exactement l'intonation, du sentiment, là où il le faut. C’est très étonnant.
On a connu un petit dilemme pendant ces séances. Moi, je voulais que Johnny chante « jeune ». Je ne voulais pas d'un Johnny à la voix qui pleure si je peux l'exprimer comme ça. Johnny me disait « je peux faire ce que tu me demandes mais j’ai ma vie qui est passée derrière moi. J'ai mes blessures et ma voix pleure par ce que j’ai souffert ». Ce que je comprenais et trouvais tellement beau et si vrai. Mais on est parvenu a un compromis. La chanson de Raphaël est un bon exemple à ce titre. Elle est a la fois très jeune dans ses propos et les intonations et évoque, en même temps, le retour au temps qui a passe très « Chanteur abandonné. » Johnny l'a interprétée parfaitement, avec fraîcheur et profondeur en même temps. 
Finalement, vous avez fait du chemin l'un vers l'autre ? 
C'est vrai. Moi, je voulais faire vivre le Johnny dont je rêvais et lui avait évidemment beaucoup à m'apprendre. Et on s'est retrouvé sur une pensée commune, le tout, je crois que je peux le dire, avec beaucoup de tendresse. Par exemple sur « Je tiendrai bon », il y a beaucoup d'humour et je voulais, au milieu de la chanson, que Johnny « fasse Gabrielle » et il l'a fait ! Ca donne une légèreté à la chanson qui est comme libérée. J'adore les arrangements de scène de Johnny de « Je suis seul », dans les années 70 et « Je tiendrai bon » est dans cette veine de rhythm'n'blues de folie.
De quelle manière arrivais-tu à donner des indications à Johnny sur son chant. Ca semble surréaliste de pouvoir se permettre de le faire ?
C'est vrai que Johnny n'a pas besoin de mes conseils pour chanter mais j'étais là pour l'aider et j'ai essayé de lui transmettre mes idées sur les chansons. Je me souviens d'une fois où je lui avais dit depuis le micro de la console, « arrête de pleurer » car son interprétation était trop dramatique à mon goût. David (Hallyday, NDLR) était là et a blêmi en se marrant quand il m'a entendu. II a rectifié en précisant à Johnny : « il y a trop de vibrato ». Comme pour me dire, « tu ne parles pas couramment le Johnny ». C'était drôle et ça faisait marrer aussi Johnny.
Avec ce disque, on a travaillé dans une véritable liberté. Ma fierté, c'est que les musiciens ont joué en live et qu'on a travaillé comme dans les années soixante. Le matin, on prenait une chanson, on l'arrangeait dans la journée et le soir, on l'enregistrait. Ce qu'on entend sur cet album, ce sont de vrais gens qui jouent vraiment et j'ai eu le sentiment que quand Johnny mettait ses écouteurs pour chanter, il se sentait bien avec cet esprit. C'est ça ma fierté ! 
Et la tournée, comment l'envisagez-vous, musicalement parlant ?
Pour la tournée, mon idée, c'est déjà de revenir aux versions studios originales des chansons. D'arrêter d'entendre par exemple« Le pénitencier » dans une version noyée de violons. J'ai écouté les lives de Johnny et il chante merveilleusement bien mais j'aimerais qu'on parte des chansons originales, qu'on les dépoussière avec un groupe resserré sans violons et avec section de cuivre. Rock, quoi ! Ca va être une tournée d'anthologie. On va présenter toute la carrière de Johnny avec un groupe frais, dynamique, rock. On va jouer tous les tubes car il n'y a pas de plus grand bonheur que de sortir d'un concert après avoir entendu deux heures de tubes d'un artiste tel que Johnny !

Propos recueillis par Rémi Bouet