J.-L.M.
– Tu n’as jamais eu le courage d’arrêter ?
J.H. – Si, une fois j’ai arrêté, mais au bout de deux
mois je me suis aperçu que ma voix avait changé, et comme
je devais enregistrer « Le Bon Vieux Temps du Rock’n’Roll
», j’ai repiqué au truc…
T.A. – Après le taux de nicotine, passons au
tétrahydrocannabinol.
JH – Le quoi ?
J.-L.M. – Il te demande si tu fumes du shit.
J.H. – J’ai fumaillé pendant quatre-cinq ans et puis j’ai
arrêté : je bouffais trop.
T.A. – T’aurais dû prendre de la coke pour te couper l’appétit.
J.H. – Moi, ça, c’est la voix que ça me coupait. Mais
enfin, j’en ai quand même pris pendant trois-quatre ans…
J.-L.M. – LSD ?
J.H. – Jamais. J’ai vu Vince Taylor qui n’est jamais
redescendu, et ça m’a aidé à garder les pieds sur terre…
Comme pour l’héro : j’étais très copain avec Jimi
Hendrix et j’ai vu sa déchéance petit à petit… J’ai
jamais essayé, même pas un sniff, comme ça pour voir.
T.A. – Pour l’alcool, c’est dommage que tu n’aies
pas été copain avec Dean Martin.
J.H. – Attention ! Moi, j’ai jamais picolé le jour. Par
contre, quand tu traînes dans les boîtes jusqu’à cinq
heures du matin, tu vas pas boire de l’eau, hein, parce
que tu t’emmerdes. Eddy, lui il n’a pas le même
problème que moi : comme il ne sort pas la nuit, il picole
un peu, pas beaucoup, mais toute la journée. A l’américaine,
quoi… Moi, en ce moment, je picole pas, je bois du pinard.
J.-L.M. – C’est – pas – pa – reil.
T.A. – Quand on pense que certaines personnes croient que
tu es alcoolique… elles ne savent pas que tu es un
œnologue.
J.-L.M. – A l’époque où tu picolais, tu tenais combien
?
J.H. – Une bouteille de scotch. Sans être bourré. Par
contre, si je bois trois ou quatre whiskies, plus le pinard
à table et, disons deux ou trois vodkas, croyez-le ou pas,
là, je suis fait comme un rat. Moi, les mélanges, ça me
torche. Un jour, j’arrive à lElysées-Matignon, je
rencontre Serge (à l’époque, il était encore avec
Jane), il me demande : « Dis que tu as quelque chose à me
dire. » Alors moi : « Serge, j’ai quelque chose à te
dire. » « Ah oui ! Quoi ? » « Je peux pas te le dire
ici. » C’était un prétexte pour pouvoir aller au bar
picoler en douce. Deux tiers Get + un tiers vodka : on s’en
est bu quatre ou cinq avant d’être complètement pétés.
C’est pas comme Sardou, qui garde toute la nuit le même
verre à la main pour faire croire qu’il boit. D’ailleurs,
Serge aussi il boit moins que ce qu’il dit qu’il boit…
T.A. – Vous les vedettes, vous avez vraiment une existence
fascinante.
J.-L.M. – Tu vois Dieu au bout de combien de verres ?
J.H. – Bien sûr j’ai été baptisé, mais le jouir de ma
première communion j’étais en tournée… J’allais au
catéchisme… jusqu’au jour où le curé de mon quartier m’a
foutu la main au cul.
T.A. – Insinuerais-tu que ce prêtre ait eu des désirs
troubles à ton endroit ?
J.H. – A mon endroit, je sais pas, mais à mon envers
sûrement : il me demandait toujours de ramener les cierges en
bas dans les catacombes.
J.-L.M. – Tu n’es retourné à l’église qu’en
compagnie d’une femme…
T.A. - …et devant témoins.
J.H. – Oui, avec Sylvie, on s’est mariés à l’église.
J.-L.M. – A l’époque où les Beatles, entre autres, sont
partis en Orient recueillir l’enseignement du Yogi Maharashi,
n’as-tu pas été tenté toi aussi par la spiritualité
orientale ?
J.H. – Ca m’a toujours fait chier.
T.A. – Et voter, ça t’amuse ?
J.H. – J’ai voté une fois, c’était pour Pompidou.
J.-L.M. – Il faut dire que dans le choix de société
Pompidou ou Poher, chaque voix comptait.
J.H. – Par contre, j’ai pas voté pour Mitterand, mais pas
non plus pour Giscard. La prochaine fois, j’irai… Parce
que, à force de dire « un tel passera pas, un tel passera
pas », maintenant on se retrouve dans la merde… Le seul que
j’ai admiré, c’est de Gaulle, parce qu’il pouvait faire
un discours de vingt minutes sans rien lire.
T.A. – Es-tu conscient de la menace soviétique ?
J.H. – Je ne suis pas spécialement pro-américain, mais une
des plus grosses conneries qu’on a faite, c’est de les
virer… On était bien contents qu’ils arrivent en 44 !
J.-L.M. – Après la guerre, passons à l’amûr.
T.A. – Raconte-nous la vraie histoire de Johnny et Sylvie.
J.H. – J’avais dix-sept ans, j’étais amoureux d’elle,
et puis les choses de la vie ont fait que quoi… bon… ben…
euh… et dès dix-huit ans, ça allait plus. On s’est
mariés trop jeunes. Il me manquait des choses…
J.- L.M. – Et aujourd’hui, ton fils ne te manque pas !
J.H. – Je le vois de temps en temps, Sylvie est une bonne
mère. Normal qu’elle en ait la garde.
T.A. – C’est tout ce qu’elle a gardé ?
J.H. – Non, je lui ai aussi laissé une maison de cinq cents
briques.
T.A. – Deuxième essai : Babeth.
J.H. – Celui-là, il n’était valable que dans l’état
de Californie et il a duré quinze jours.
J.-L.M. – T’étais bourré ou quoi ?
J.H. – J’sais pas… Je voulais me fixer… Avoir un
enfant… De toute façon, elle pouvait pas en avoir.
T.A. – C’est pas comme Nathalie, hein ? Tu l’as pas
ratée.
J.-L.M. – Faudra l’épouser.
J.H. – On veut vivre comme si on était mariés, mais, on
veut pas se marier.
T.A. – Sylvie, Babeth, Nathalie, tu as eu des styles de
femmes très différents : laquelle trouves-tu la plus jolie ?
J.H. – C’est con comme question… Moi, ce que j’aime, c’est
draguer, que ça soit difficile. Avec Nathalie, ça a pris un
mois et demi, c’est comme ça que je me suis accroché.
T.A. – Il n’y a que Baye qui m’aille.
J.-L.M. – Et l’homosexualité, tu trouves ça con, Johnny
?
J.H. – Moi, me retrouver à quatre pattes devant un mec, je
trouve ça plutôt ridicule. Je préfère être derrière le
cul d’une gonzesse. Vous pigez ? HALLYDAYPENSIER
T.A. – Si t’as pas d’amants, t’as des amis ?
J.H. – J’ai pas d’amis, mais j’ai un pote : c’est
Eddy.
J.-L.M. – D’ailleurs, vous avez les mêmes problèmes.
T.A. – Et si on parlait de tes problèmes d’argent…
J.H. – J’ai dû payer tous mes arriérés d’impôts,
plus 50 % de majoration. Résultat : je dois cinq cents
briques à ma maison de disques. Je suis salarié chez
Phonogram.
J.-L.M. – Heureusement, il te reste les galas.
T.A. – Ca vaut combien, le show Hallyday ?
J.H. – Quinze briques. Et comme j’ai treize de frais,
reste deux imposées à 80 %. Ca fait quatre cents sacs !
J.-L.M. – Heureusement, il te reste la SACEM.
J.H. – Non, même pas, mes droits d’auteur servent à
payer les impôts sur ce que me verse chaque mois Phonogram.
T.A. – T’as besoin de combien par mois ?
J.H. – Six briques. Deux pour les traites de cette maison,
deux pour la pension de Sylvie, un peu d’argent pour mon
père et un peu pour moi : ça fait le compte.
J.-L.M. – Elle vaut combien cette maison ?
J.H. – Dans les trois cents briques mais à crédit sur
quinze ans.
T.A. – A part ça, tu possèdes quoi ?
J.-L.M. – Un petit chalet à la montagne ?
T.A. – Une villa sur la Côte ?
J.-L.M. – Des actions en bourse ?
J.H. – Non, rien. Juste ma caisse.
T.A. – C’est quoi ?
J.H. – Une Golf.
J.-L.M. – Heureusement que ta femme travaille.
T.A. – T’as une idée de l’argent que tu as dépensé
depuis que tu en gagnes ?
J.H. – J’ai dû craquer quatre ou cinq milliards.
J.-L.M. – Comment t’as fait ?
J.H. – Tu sais, ça file vite.