Johnny en tournée.

Johnny était solide comme le rock

● Palais des Sports (Paris XVe), 23 h 30. Il y a trois ans, il était descendu du ciel. Cette fois, c'est du sol qu'a surgi Johnny Hallyday, hier soir, pour son premier concert au palais des Sports. La star est apparue en ombre chinoise derrière un écran qui masquait l’imposant décor : un opéra en ruine, le Métropolis Théâtre pouvait-on deviner sur les restes de la façade, sauvée d'un bombardement illustré par des sirènes hurlantes et des mini-feux d'artifice au-dessus des spectateurs.
   S'il n’en reste qu'un ce sera donc Johnny. Il y avait de cela hier soir pour ce nouveau spectacle où, passé l'effet de surprise du dispositif scénique, c'était Johnny et rien d'autre. Sa voix s'imposait d'entrée sur « l'Envie », à peine orchestrée. L'artiste avait effectivement l’envie, la rage d'être à la hauteur de son statut d’icône du rock à la française. Oubliés les sons et lumières des grands stades, l’orchestre grandiloquent du Parc des Princes ! C’est entouré d'un groupe de huit musiciens que Johnny a remusclé son répertoire et mis les choses au point.

Poseur, rageur,
déjà vainqueur
d'une tournée marathon

   Il semblait même d’abord se raconter au fil des premiers titres : «Je suis né dans la rue », pour commencer par le

PARIS (XVe) HIER SOIR. Au Palais des Sports, Johnny Hallyday s'est montré à la hauteur de son statut d'icône du rock français.
(LP/JEAN-BAPTISTE QUENTIN)

commencement, puis « Ce qui ne tue pas nous rend plus fort » ou sa déjà classique « Marie ». «Si tu savais tout le mal que l'on me fait », hurlait à sa place les spectateurs comme un seul homme.
   Sans parler de « Ma gueule» quelques minutes plus tard, premier grand moment du concert. Johnny retrouvait ainsi les grandes heures de sa jeunesse passée. Il dépoussiérait avec énergie sa version française de « Hey Joe » de Jimi Hendrix. Poseur, rageur, déjà vainqueur d'une tournée marathon quand il retournait la salle au son du « Bon Vieux Temps du rock’n'roll ».
   Il flottait même un air de nostalgie pendant une série acoustique au milieu du spectacle où la star enchaînait « le Pénitencier », « J’ai oublié de vivre », et « Cours plus vite Charlie », avant un peu plus tard une reprise surprise du
« Honky Tonk Women » des Rolling Stones. Il était parfois difficile de souffler pendant ce show imposant - avec un jeu de huit écrans géants en deuxième partie - aux sonorités musclées, sans dentelle, à quelques exceptions près comme « Mon plus beau Noël », « Derrière l'amour» et une version poignante de « La Quête» de Jacques Brel en final, juste accompagnée de son pianiste et arrangeur Yvan Cassar. Un Johnny solide comme le rock mais au cœur gros comme ça.

EMMANUEL MAROLLE

 

PARIS (XVe), HIER APRES-MIDI. Laeticia, sa femme, et Fabrice Luchini sont venus soutenir Johnny, que son entourage disait « stressé » par ce premier concert (LP/JEAN.BAPTISTE QUENTIN.)

Des fans surchauffés

● Palais des Sports (Paris XVe), 22 h 30. Ils ont déplié une table, sorti les boissons et les sandwichs. Dans un recoin du parking du palais des Sports, un peu avant 20 heures, un petit groupe se restaure. Préparatif indispensable avant une soirée qui s’annonce riche en émotions… Quelques mètres plus loin (et plus haut), devant la salle, des centaines de personnes patientent. Ce soir, la moustache, les cheveux longs et les blousons se portent bien : dans la foule, on croise de nombreux gaillards aux allures de rockers. Michel, gérant de parking de 59 ans, est de ceux-là « J’ai assisté au premier concert de Johnny au palais des Sports, il y a quarante-cinq ans, nous explique ce blond au regard d'acier. Je reviens aux origines. » Ce soir, il est venu avec Sébastien, son gendre de 24 ans. Tellement fan, lui aussi, qu'il a appelé sa fille Laura... Devant un stand de tee-shirts et de posters, Gérard, 53 ans, exhibe fièrement la banderole qu'il a peinte à l'effigie de son idole.
   Vers 20 h 30, la salle est quasiment bondée. « Johnny est très en forme, confie un membre de son entourage. Mais, comme il était stressé, il a demandé à ses amis de ne venir qu'à partir de demain. Seul Fabrice Luchini est là. » A 20 h 40, tout de même, Laeticia Hallyday pénètre dans le palais des Sports, tout sourire, chemise claire et bandeau noir dans les cheveux. Les dix premiers rangs se lèvent comme un seul homme et scande son prénom.. Femme de rock star, c'est presque rock star...
Le public hurle
Puis Johnny entre en scène. Une armée de téléphones portables jaillit pour l'immortaliser. Certains spectateurs dégainent même leurs jumelles comme si on était au Stade de France. Peu à peu, le public reprend les refrains avec le chanteur et hurle son nom sur le « Bon Temps du rock'n'roll », les banderoles s'agitent Et quand Jojo enlève son blouson, la température monte encore d'un cran. A 22 h 20, le rocker «Allume le feu». On attend le printemps ? L'été s'est déjà installé au palais des Sports.

CATHERINE BALLE