SAINT-MARTIN-DE-SEIGNANX. Une
foule énorme, un show impressionnant et un Johnny Hallyday
en très grande forme malgré une chaleur écrasante...
Du
Johnny hors d'âge Serge
Airoldi
Combien
étaient-ils dans la chaleur de mardi soir ? 25 000 ? 27 000
? Un peu plus encore ? Difficile à dire tellement la foule
était compacte, agglutinée devant la scène, à attendre
Johnny Hallyday. Mardi soir, au stade municipal de
Saint-Martin-de-Seignanx, la vedette est arrivée à 21 h 45
après la première partie du groupe Mauss et de la
chanteuse Anggun qui porte très bien le short moulant, à
la scène comme à la ville. Lorsque les premières ombres
de la nuit ont commencé de donner un bleu profond au ciel,
la vedette a quitté sa loge pour se diriger vers
l'ascenseur sous la scène, enveloppé dans une cape
scintillante, un spencer à têtes de mort couleur argent et
une chemise ouverte sur
Johnny
Hallyday. Le
chanteur a tout donné mardi soir à Saint-Matin-de-Seignanx
- PHOTO
PHILIPPE SALVAT
la
poitrine et une lourde croix. Peu avant 22 heures, le
concert a commencé sur fond d'images d'apocalypse et de
tonnerre. Et c'est parti pour plus de
deux heures de show. De grand show pour lequel tout était
mis à disposition : une centaine de techniciens sur place,
trente semi-remorques, sept autobus, 260 projecteurs, deux
écrans géants de 140 m2, 400 m2 de bâches et 60 tonnes de
matériel pour la scène voulue comme un opéra en ruine et
des gardes du corps très à l'affût. Mais au fond, tout cela ne
serait rien sans une bête de scène comme Johnny, arrivé
avec la démarche lente et le regard perdu d'un fantôme
dans les coulisses, transfiguré en lion sous les lumières.
Incroyable
Johnny. Inoxydable
Les
spectateurs ont patienté de longues heures sous le soleil. -PHOTO
PHILIPPE SALVAT
Johnny.
Imperturbable Johnny. Le regarder renvoie à sa propre
histoire. A celle de plusieurs générations. L'écouter
ressemble à une liturgie du très bon temps du rock'n roll,
une messe des profondeurs qui dit ceci : voici Johnny, c'est
peut-être une caricature, une doublure de lui-même, un
masque de cire sur lequel coule la sueur du pharaon, mais
c'est aussi Moïse capable d'ouvrir une mer devant lui et
d'emmener tout un peuple dans son sillage. Ils étaient là, en effet,
les enfants de Johnny, ces milliers de fans qui ont bravé
la canicule. Certains patientaient déjà devant l'entrée
du stade à 7 h 30 le matin... Le soir, les autorités
annonçaient des bouchons de plus de 5 kilomètres à
l'entrée de la commune. Ils étaient là, ces fans groggy
sous le soleil implacable, dans la fournaise insupportable
de l'après-midi, quand les chemisettes ressemblaient à des
serpillères et que le regard se noyait dans un mirage. Ils étaient là, à minuit,
quand la bourrasque s'est levée avec des rafales à 95
km/h, faisant danser dangereusement la cathédrale de métal
que rien, et c'est une chance, n'a pu engloutir. Ils
étaient encore là quand les premières gouttes ont
accompagné le tout dernier morceau. Après « Je suis né
dans la rue », « J'oublierai ton nom », « les Portes du
pénitencier », « Quelque chose de Tenessee », « J'ai
oublié de vivre » et tellement d'autres chansons, Johnny,
accompagné par des musiciens faits pour les rois, s'en est
allé dans la nuit, abasourdi une fois encore par tout
l'effort consenti dans cette terrible moiteur qui appelait
l'orage et les éclairs au milieu des pins. Vidé, laminé, exténué,
ruisselant, il est parti dans son Hummer tout noir, vers
ailleurs, dans cette voiture stupéfiante dans laquelle il
était venu quelques heures avant le spectacle, près des
chapiteaux, à l'écart, pour se restaurer. Il y avait là
Laetitia. Johnny a mangé tranquillement, a fumé une
cigarette et a caressé tendrement les cheveux de Jade. Puis
il a disparu dans sa loge. Avec celles des musiciens, des
choristes, des repasseuses, de son producteur Jean-Claude
Camus, elles formaient un cercle à l'intérieur duquel un
jardin avait été aménagé : phoenix, agapanthes,
bougainvillées. Un vrai petit Eden où ne manquaient que
des oiseaux de paradis, des jaguars repus et des licornes
pour donner une idée du bonheur parfait sur terre. C'est là qu'il a reçu,
quelques minutes avant le concert, Christine Dardy, maire de
Saint-Martin-de-Seignanx, et une poignée de bénévoles
pour leur dire tout le bien qu'il pensait de l'organisation.
C'est vrai, ce concert, était un pari fou et tous les
bénévoles locaux peuvent être fiers de l'avoir gagné.
Pendant plusieurs mois, et tout au long de cette journée si
particulière, pour que tout soit réussi, eux aussi ont
oublié de vivre.