Johnny en tournée.

"Flashback"

Le 20 juillet 2006, source Sud-ouest :

SAINT-MARTIN-DE-SEIGNANX. Une foule énorme, un show impressionnant et un Johnny Hallyday en très grande forme malgré une chaleur écrasante...

Du Johnny hors d'âge
Serge Airoldi
Combien étaient-ils dans la chaleur de mardi soir ? 25 000 ? 27 000 ? Un peu plus encore ? Difficile à dire tellement la foule était compacte, agglutinée devant la scène, à attendre Johnny Hallyday. Mardi soir, au stade municipal de Saint-Martin-de-Seignanx, la vedette est arrivée à 21 h 45 après la première partie du groupe Mauss et de la chanteuse Anggun qui porte très bien le short moulant, à la scène comme à la ville. Lorsque les premières ombres de la nuit ont commencé de donner un bleu profond au ciel, la vedette a quitté sa loge pour se diriger vers l'ascenseur sous la scène, enveloppé dans une cape scintillante, un spencer à têtes de mort couleur argent et une chemise ouverte sur

Johnny Hallyday. Le chanteur a tout donné mardi soir à Saint-Matin-de-Seignanx - PHOTO PHILIPPE SALVAT

la poitrine et une lourde croix. Peu avant 22 heures, le concert a commencé sur fond d'images d'apocalypse et de tonnerre.
Et c'est parti pour plus de deux heures de show. De grand show pour lequel tout était mis à disposition : une centaine de techniciens sur place, trente semi-remorques, sept autobus, 260 projecteurs, deux écrans géants de 140 m2, 400 m2 de bâches et 60 tonnes de matériel pour la scène voulue comme un opéra en ruine et des gardes du corps très à l'affût.
Mais au fond, tout cela ne serait rien sans une bête de scène comme Johnny, arrivé avec la démarche lente et le regard perdu d'un fantôme dans les coulisses, transfiguré en lion sous les lumières. Incroyable Johnny. Inoxydable

Les spectateurs ont patienté de longues heures sous le soleil. - PHOTO PHILIPPE SALVAT

Johnny. Imperturbable Johnny. Le regarder renvoie à sa propre histoire. A celle de plusieurs générations. L'écouter ressemble à une liturgie du très bon temps du rock'n roll, une messe des profondeurs qui dit ceci : voici Johnny, c'est peut-être une caricature, une doublure de lui-même, un masque de cire sur lequel coule la sueur du pharaon, mais c'est aussi Moïse capable d'ouvrir une mer devant lui et d'emmener tout un peuple dans son sillage.
Ils étaient là, en effet, les enfants de Johnny, ces milliers de fans qui ont bravé la canicule. Certains patientaient déjà devant l'entrée du stade à 7 h 30 le matin... Le soir, les autorités annonçaient des bouchons de plus de 5 kilomètres à l'entrée de la commune. Ils étaient là, ces fans groggy sous le soleil implacable, dans la fournaise insupportable de l'après-midi, quand les chemisettes ressemblaient à des serpillères et que le regard se noyait dans un mirage.
Ils étaient là, à minuit, quand la bourrasque s'est levée avec des rafales à 95 km/h, faisant danser dangereusement la cathédrale de métal que rien, et c'est une chance, n'a pu engloutir. Ils étaient encore là quand les premières gouttes ont accompagné le tout dernier morceau. Après « Je suis né dans la rue », « J'oublierai ton nom », « les Portes du pénitencier », « Quelque chose de Tenessee », « J'ai oublié de vivre » et tellement d'autres chansons, Johnny, accompagné par des musiciens faits pour les rois, s'en est allé dans la nuit, abasourdi une fois encore par tout l'effort consenti dans cette terrible moiteur qui appelait l'orage et les éclairs au milieu des pins.
Vidé, laminé, exténué, ruisselant, il est parti dans son Hummer tout noir, vers ailleurs, dans cette voiture stupéfiante dans laquelle il était venu quelques heures avant le spectacle, près des chapiteaux, à l'écart, pour se restaurer. Il y avait là Laetitia. Johnny a mangé tranquillement, a fumé une cigarette et a caressé tendrement les cheveux de Jade. Puis il a disparu dans sa loge. Avec celles des musiciens, des choristes, des repasseuses, de son producteur Jean-Claude Camus, elles formaient un cercle à l'intérieur duquel un jardin avait été aménagé : phoenix, agapanthes, bougainvillées. Un vrai petit Eden où ne manquaient que des oiseaux de paradis, des jaguars repus et des licornes pour donner une idée du bonheur parfait sur terre.
C'est là qu'il a reçu, quelques minutes avant le concert, Christine Dardy, maire de Saint-Martin-de-Seignanx, et une poignée de bénévoles pour leur dire tout le bien qu'il pensait de l'organisation. C'est vrai, ce concert, était un pari fou et tous les bénévoles locaux peuvent être fiers de l'avoir gagné. Pendant plusieurs mois, et tout au long de cette journée si particulière, pour que tout soit réussi, eux aussi ont oublié de vivre.