«
Peut-être ne suis-je pas un bon soldat. Si l'on en croit une
maxime traditionnelle dans l'armée : un bon soldat doit avoir
été puni au moins une fois ! Or, jusqu'à maintenant je n'ai
récolté aucun motif, comme on dit ici. C'est-à-dire que je
n'ai subi aucune punition. A la fin de cette première phase
de service qu'on appelle les classes, la vie change :
l'adaptation au milieu est réalisée. J'ai maigri de quatre
kilos, mais j'ai retrouvé une sorte de calme intérieur, d'équilibre
moral que tout début dans un nouveau régime d’existence
compromet toujours. A présent je repense très fort a la
musique, aux chansons, et j'organise au mieux mes heures de
liberté. J'ai souvent quartier libre en soirée, ce qui me
permet de visiter un peu cette belle région de la
Foret-Noire. Et puis comme j'ai la chance d'être dans un régiment
moderne, nous avons plusieurs salles de loisirs, dont un club
discothèque. Grace a ma guitare a douze cordes que j'ai
emportée, je peux composer de nouveaux airs, les fignoler en
les travaillant au magnétophone. J'ai quelques idées sur une
certaine évolution de style dont je sens le besoin pour
l'avenir, et tout mon temps ici pour murir ce projet, d'autant
que j'ai décidé de ne demander aucune permission de faveur
pour faire mes galas. Je me sens vraiment « embarqué »
sur le même bateau que mes copains, et comme le service
marque un arrêt dans leur métier, il n'y a pas de raison
pour que j'essaie d'obtenir un privilège spécial en tant que
chanteur. (...) »