Au pénitencier de Bochuz.

..."Depuis longtemps, je désire donner des spectacles dans les prisons, comme Johnny Cash. Si je n’avais pas eu la musique dans ma vie, je serais peut-être moi aussi derrière des barreaux. Les mômes qui m'écrivent sont souvent des gars de la zone, des prisonniers ou des types un peu paumés à qui j'essaie de redonner de l'espoir. En France, toutes mes demandes pour chanter à Fleury-Mérogis ou à la Santé ont été rejetées. Mais je reçois des autorités suisses l'autorisation de me produire au pénitencier de Bochuz. Ce 28 juin 1974, je m'en souviendrai toute ma vie."...

..."Sam Bemett était du voyage...
« Johnny n'avait pas emmené beaucoup de monde : Michel Mallory, Sacha, Gill Paquet, Tony Frank pour les photos, le journaliste Henry Elkaïm pour le reportage et moi pour RTL. Jojo s'était rappelé qu'il avait commencé sa carrière en 1960 à l'Alhambra avec Raymond Devos. Aussi avait-il demandé à Devos de venir avec nous pour assurer la première partie. Raymond voulait que tout ça reste très discret.
Nous sommes arrivés la veille à Genève et avons logé à l'hôtel Président. En Suisse, la peine de mort avait été abolie, mais les mecs qu'on allait voir étaient emprisonnés à vie. Des tueurs, des violeurs...
Le jour J, nous avons quitté l'hôtel comme des gamins qui vont passer un examen, tendus, plaisantant sans arrêt pour surmonter notre émotion. Arrivés à la prison, nous avons été fouillés et on nous a donné un badge.
Devos a fait la première partie

en essayant de faire rire les prisonniers, mais sans y parvenir complètement. Ils n'attendaient que Johnny. C'était assez pathétique. Ils étaient assis sur de longs bancs de réfectoire, comme des élèves. Jojo est arrivé en jeans. Il a attaqué avec Je construis un mur autour de mes rêves, a continué sur J'ai pleuré sur ma guitare et Noël interdit. Quand il a fini Le Pénitencier, les détenus se sont levés. Ils pleuraient. Johnny pleurait aussi. En fait, tout le monde pleurait. C'était très émouvant... Quand nous sommes repartis, à la nuit tombée, les mecs frappaient contre les barreaux avec leurs gobelets. Ils avaient tous un Cricket à la main. Toutes les cellules étaient dans le noir, éclairées seulement par de petites flammes. Le bruit de fond montait: "Johnny! Johnny! Johnny!"
Leur manière à eux de dire merci !
Nous avions la gorge serrée!
Les boules!

Mais cette anecdote émouvante a également son côté drôle. Comme toujours avec Johnny... Henry Elkaïm était arrivé en retard et n'avait pas laissé son nom aux autorités pénitentiaires. On lui avait demandé d'enfiler une combinaison blanche... Celle des "perpètes".
À la fin du concert, les gardiens n'ont pas voulu le laisser partir ! Ils croyaient qu'il s'agissait d'un prisonnier, un petit malin qui voulait se faire la belle. Ils l'ont gardé pendant des heures et il a fallu que Paquet revienne le chercher...
Le soir, à l'hôtel, on s'est tous murgé la tête. Très gravement ! Après, Johnny m’a dit : « Depuis le temps que tu me connais, pourquoi

ne m’écris-tu pas une chanson ? Par exemple, un truc sur la traversée de la vallée de la Mort que je viens de faire à moto avec Sacha et Bernard Leloup ? »
J’ai continué à picoler et j’ai écrit d’un jet Johnny rider que je cosignerai plus tard avec Michel Mallory. Bochuz est resté gravé dans mon cœur et dans celui de tous les mecs présents… »"