Johnny en tournée.

« Chaque écran vidéo nécessite à lui seul dix moteurs de deux tonnes pour le levage »
Rencontre

L'autre star de la scène...

... Johnny Hallyday se produira le 22 juin au stade de la Meinau à Strasbourg. Sous ses pieds une structure métallique gigantesque, produit alsacien. Rencontre avec son réalisateur, Raymond Schweitzer.

▪ « La plus grande infrastructure jamais réalisée pour une vedette française ». Par ces termes, Raymond Schweitzer, PDG de Stacco à Wasselonne, évoque la scène qui sera construite au stade de la Meinau, à partir du 18 juin, pour le concert de Johnny Hallyday. Un point de comparaison ? Celle des Rolling Stones, lors de leur tournée mondiale. C'est dire Ia grosse artillerie de ce spectacle qui va se donner dans douze stades de France et commence le 3 juin à Nancy.
▪ Depuis une quinzaine d'années, ce chef d'entreprise alsacien  

Avant le spectacle, c'est Raymond Scweitzer qui est sous les projecteurs : à lui de monter la scène qui accueillera Johnny Hallyday au stade de la Meinau.

assure la logistique de la star française, mais cette fois-ci, pas en solo. Alors qu'il réalise l'Infrastructure technique de production, il a travaillé en collaboration avec Stageco, une entreprise américano-belge. qui s'est occupée de l'infrastructure de scène. Il y a en fait deux kits de scène sur le même modèle, pour concilierles dates rapprochées des concerts à travers la France, quatre jours de montage et… quatre jours de démontage, rien que pour la scène !
▪ Techniquement parlant, cette scène a 60 m d'ouverture et 25 m de haut, « comme un bâtiment de sept étages », précise le constructeur. Elle pèse
200  tonnes et prend place dans vingt semi-remorques. Le tout est complété par 500 tonnes de matériel pour constituer l’infrastructure scénique : son, lumière, quatre écrans vidéo et machines à effets spéciaux qui sont à chaque fois soigneusement rangés dans 30 autres semi-remorques. « Cela représente une équipe de 250 personnes durant la tournée sur la route ». Raymond Schweitzer a ses techniciens qui ont du renfort sur place. « Chaque écran vidéo nécessite à lui seul dix moteurs de deux tonnes pour le levage ». Quant aux effets spéciaux, Raymond Schweitzer reste secret : « Rien que l’arrivée sur scène est spectaculaire ».
▪ Et évidemment les stades ne sont pas faits pour accueillir de tels spectacles. A Bordeaux, à Nancy, à Genève ou à Strasbourg, nécessité était alors de repenser entièrement l'espace et notamment la pelouse. A la Meinau, suite à des réunions avec la commission de sécurité, Stacco mettra en place plusieurs passerelles d'accès. « On démonte également toutes les portes pour pouvoir passer les grues. On ne s’imagine pas la taille du travail a réaliser ». Deux cents personnes seront recrutées sur

place. rien que pour décharger le matériel. Strasbourg aura la scène du Parc des Princes, la même ira ensuite à Genève. Pour les deux concerts privés de Monaco et de Baalbek au Liban, Johnny bénéficiera des installations locales.
Star Academy, Bruel et Renaud
▪ « Cela fait beaucoup de choses en même temps pour Stacco », précise encore Raymond Schweitzer qui s'occupe aussi de la logistique scénique de Star Academy, de Patrick Bruel, de Renaud : « alors que l'économie est morose, nous connaissons une bonne année dans

le spectacle » Il avait assuré l'an dernier les scènes, notamment sur l’eau, pour plusieurs expositions en Suisse, lors d’Expo 2002. Il est Je fournisseur habituel des Eurockéennes. Dans les prochaines semaines, il va fournir à Rouen des structures pour présenter les plus beaux voiliers, dans le cadre d’une opération « Armada ».
▪ Raisons de son succès et d’un carnet de commandes bien plein : « Une logistique qui doit être infaillible. S’il y a un problème à une heure du matin. on me téléphone et il faut que Je trouve une solution ». Né d'un père alsacien et d’une mère malgache, le jeune Raymond qui avait fait ses débuts comme chanteur-guitariste dans le groupe strasbourgeois des Feed Back, se faisait un peu d’argent de poche en devenant « road », pousseur de caisses. Laissant tomber son BTS, il s'est engagé dans la tournée de Bob Marley, en France, en 80, et a découvert ainsi l’univers du spectacle, côté coulisses.
▪ Il entre dans l'entreprise Stacco en 83, crée le concept spectacle en 85, devient le bras droit du patron, puis lui succède. Sa façon de travailler : être très proche des producteurs, savoir répondre à leurs demandes : « C’est un secteur exigeant, encore rentable, payant bien. mais on n'a pas droit à l'erreur. On vit sous pression tout le temps ». Ce qui ne l'empêche pas d'être conseiller municipal à Achenheim où il habite.
▪ A participer ainsi aux grandes tournées, il a diversifié son groupe en créant sa propre société de sécurité « Accès » qui gère l'événementiel des sports et concerts, et « Profeel », les hôtesses d'accueil pour s'occuper des VlP. Un de ses regrets : la difficulté de trouver des jeunes motivés qui fassent, comme lui, d'un tel métier « une passion ». A Wasselonne, il propose un centre de formation pour « rigger », le technicien spécialisé dans l'accrochage des palans et des moteurs. « On est le MacDo du spectacle. Si quelqu'un a besoin de travail. sans avoir de diplôme mais une motivation, on recrute ». Partout la même logique de travail : un profil de qualité. La fidélité de Johnny Hallyday et de son producteur à l’entreprise alsacienne le prouve bien...

D.E. Wirtz-Habermeyer.