Femme Actuelle.

- "Femme Actuelle" - N° 1102 du 7 au 13 novembre 2005 -

JOHNNY HALLYDAY
Pour lui la vie va commencer.

Johnny Hallyday n'est pas une star comme les autres. Après avoir jadis symbolisé en France (comme Elvis Presley aux Etats-Unis et les Beatles dans le reste du monde) l'arrivée d'une nouvelle musique, de nouvelles modes vestimentaires, il a su ensuite surfer sur tous les courants musicaux, sans jamais renier ses origines rock. Comme le souligne Françoise Hardy, il est aujourd'hui notre seule véritable superstar; du coup, tout ce qu'il fait prend une dimension particulière. Des événements qui devraient à peine faire quelques lignes dans les journaux (un changement de maison de disques, la faillite d'un club) deviennent des affaires nationales : Et elles n' ont pas manqué cette année. Mais les deux seules qui ont vraiment compté pour lui furent l'arrivée de sa fille Jade et, à un autre niveau, l'enregistrement de son nouvel album Ma vérité. Celui-ci prouve une fois de plus que Johnny n'a pas mis, comme il pourrait le faire sans que personne ne le lui reproche, sa carrière en pilotage

 automatique. Toujours soucieux de ne pas perdre le contact avec les nouvelles générations, il a enregistré une chanson avec le groupe de rap Ministère Amer (composé du trio Stomy Bugsy, Passi et Doc Gynéco) et une autre écrite pour lui par le groupe préféré des teen-agers, Kyo. Et, bien sûr, le bonheur de l'arrivée de son nouvel enfant fait également l'objet de deux chansons, dont une écrite dans des circonstances particulières par son amie Muriel Robin. Un nouveau disque, une nouvelle vie, Johnny a l'avenir devant lui.

Johnny avec Benoît, leader du groupe Kyo :

Femme Actuelle : l'enregistrement de ce nouvel album a-t-il été plus délicat que les autres, vu les circonstances qui l'entouraient?
Johnny Hallyday : Non, c’ est le choix des chansons qui a été plus difficile car, au lieu de confier l'album à une seule personne, j'avais fait un appel d' offres général. J’ai donc reçu beaucoup de chansons, les meilleures se sont imposées d'elles-mêmes. Je sais que tout ce que je chante est pris au premier degré par mes fans, je dois donc faire attention à ce que je dis. J'ai dédié cet album à ma fille Jade, toutes ces chansons sont comme des messages d'amour que je lui envoie ainsi qu'à sa mère Laeticia.
F.A. : Qu'est-ce que l'arrivée de Jade a changé dans votre vie ?
J. H.: Je redécouvre des bonheurs que j'avais oubliés, voir un enfant faire ses premiers pas, l'entendre dire « papa». J'étais là quand elle a marché pour la première fois. Elle a fait trois pas dans la cuisine et elle est tombée. C'était très émouvant Maintenant, elle court partout dans la maison. Elle allume la télé toute seule, elle flanque tout par terre dans mon bureau et cela m'attendrit complètement. Quand je m'apprête à la gronder, elle me regarde avec ses grands yeux et moi je craque. Quand c'est sa mère qui la gronde, elle me regarde avec l'air de dire : « Alors, tu interviens ? Qu' est-ce que tu attends pour me

défendre ? » La seule contrainte que l'arrivée de Jade m'a imposée, c'est que maintenant je suis obligé de vivre encore au moins vingt ans. Je n'ai pas le droit de l'abandonner. Je dois donc rester jusqu'à 85 ans! Et en forme.
F. A. : Que faites-vous avec elle ?
J. H. : Tout ce qu'on fait avec un enfant. On regarde des dessins animés, je lui apprends des mots en lui montrant des images. Dau-phin. Poi-sson.
F. A. : Vous considérez-vous comme un meilleur père aujourd'hui ?
J. H. : On change avec l'âge, on a beaucoup plus le sens de la famille à cinquante ans qu'à vingt ans. C'est normal, à vingt ans, on a encore tout à apprendre de la vie, on n'a pas encore trouvé les réponses aux questions existentielles, on est donc moins disponible pour répondre à celles de ses enfants.
F. A. : Avez-vous l'intention d'adopter un autre enfant ?
J. H. : Absolument, avec Laeticia nous y songeons. Les enfants vous permettent de rester jeunes. Grâce à eux, on redécouvre la vie, on réapprend la vie avec ses enfants.
F. A. : Avez-vous changé de vie depuis l'arrivée de Jade ? Les excès du passé sont-ils loin ?
J. H. : Je sais qui je suis, on ne peut pas changer complètement du jour au lendemain, mais il y a beaucoup de choses que je faisais et que je ne fais plus désormais. Par exemple, je bois moins, je fais plus de sport et j'ai aussi vraiment l'intention d'arrêter de fumer.
F. A. : Beaucoup de personnes étaient sceptiques sur l'avenir de votre couple avec Laeticia. Qu'est-ce qu'elle a que les autres n'avaient pas ?
J. H. : Elle vit avec moi, les autres vivaient pour elles. Elle s'occupe de moi. Je ressens venant de Laeticia un amour que je n'avais pas avec les autres. Avant elle, j'ai vécu des histoires passionnées, mais Laeticia m'apporte tout ce dont j' ai besoin. Nous ne formons pas un couple, nous nous complétons et nous fusionnons en même temps.


F.A. : Vous ne vous disputez jamais ?
J. H. : Si, mais pour des broutilles.
F. A. : Du genre ?
J. H. : Que je dépense trop d'argent pour faire des cadeaux à mes copains. Tant qu'elle ne me reproche que cela, notre couple n'est pas vraiment en danger !
F. A. : Vous allez faire une énorme tournée l'année prochaine. Vous êtes connu pour la démesure de vos spectacles, n'est-ce pas stressant d'être condamné à faire toujours plus fort ?
J. H. : Non, car je ne cherche absolument pas à faire plus grand, mais à faire des choses différentes. Un nouveau spectacle, c'est toujours délicat car, quand on a derrière soi une carrière aussi longue que la mienne, il faut à la fois surprendre son public et lui donner ce qu'il attend.
F. A. : Vous êtes un des artistes les plus imités. La charge des Guignols n'a pas toujours été gentille. Comment réagissez-vous ?
J. H. : Il fut un moment où les imitateurs m'agaçaient, car ils me chargeaient. Ils ont même besoin de charger à mort. Effectivement, on ne m'imite pas, on me caricature. C'est comme ça. Quant aux Guignols, aujourd'hui je m'en fous. Qui regarde encore les Guignols ? A une époque, cela m'a vraiment contrarié qu'on me fasse toujours passer pour un con, qu'on me prête cette façon de parler ridicule. Mais, c'est en train de se retourner contre eux. Ils ont été durs avec plein de gens, c'est toujours plus facile. Le vrai comique, c'est celui qui fait rire sans dire du mal ou ridiculiser, c'est un exercice très difficile qui réclame énormément de talent. Coluche savait le faire, c'était le plus grand.
F. A. : Où en êtes-vous côté cinéma ?
J. H. : J'ai tourné deux films cette année. Je reçois beaucoup de scénarios mais j'attends toujours le grand rôle. Celui qui m'a le plus marqué dans le cinéma contemporain est celui de Clint Eastwood dans Sur la route de Madison. J'ai même pleuré en voyant le film. C'est un personnage qui me ressemble. J'ai la chance de connaître Clint Eastwood, c'est un homme exceptionnel de gentillesse, de simplicité et de modestie. Nous avions fait connaissance chez un ami commun à Saint-Tropez et nous nous sommes revus ensuite à Los Angeles. C'est le plus grand cinéaste au monde, tout ce qu’il fait est exceptionnel. Je rêverais qu on m’écrive un rôle comme celui-là. Ou comme celui de Robert Redford dans Out of Africa. Le cinéma français est intéressant mais il lui manque un souffle, une dimension émotionnelle. Les filins français aujourd'hui sont trop étriqués. Je regrette les films de Claude Sautet. II savait filmer les scènes les plus banales avec poésie, profondeur et chaleur. Sautet c'était la poésie du quotidien.
F. A. : Etes-vous un nostalgique ?
J. H. : Le passé est intéressant parce qu’il a fait de moi ce que je suis à présent. Mais aujourd'hui, il y a trop peu d'avenir pour les jeunes. Le monde n'est pas un cadeau. Je préfère la France de mes 20 ans. Nous avons connu des révolutions musicales et artistiques exceptionnelles, aujourd'hui, on stagne. On ne voit que des horreurs et des catastrophes à la télé.
F. A.: Cela vous inquiète-t-il pour l'avenir de Jade ?
J. H.: Forcément. Mais quel père n'est pas inquiet pour l'avenir de ses enfants ?


Propos recueillis par Sacha Reins.

Les mots d'amour de Muriel Robin
Muriel Robin, amie de longue date de Johnny, lui a écrit une très belle chanson, Elle s'en moque, sur sa fille Jade. « Je n'avais jamais écrit de chanson de ma vie, dit-elle, et j'étais sûre de ne pas savoir le faire. Au début de l'année, après un voyage à Kaboul, je suis partie en vacances à L’Ile Maurice. Là-bas, j'ai écrit douze chansons en quatre jours. C'était comme une expérience

mystique, je recevais ces textes. On peut appeler ça l'inspiration, je pense que cela m'a été envoyé de là-haut par ma mère. J'entendais les mots, je n'avais plus qu'à les écrire... En rentrant à Paris, une évidence s'est imposée à moi : une des chansons était pour Johnny. Je la lui ai envoyée, elle lui a plu. Les autres, je vais certainement les chanter, un de mes amis est en train de les mettre en musique. »