Télé-Loisirs.

- "Télé-Loisirs" - Programmes du 5 au 11 novembre 2005 -

"Quand Johnny raconte Hallyday"
Récit de l’enregistrement de l’émission “Sept à huit”
Diffusée sur TF1 le dimanche 6 novembre 2005.

« Je suis vivant. Et bien vivant ! » Voilà comment Johnny a choisi de conclure l’émouvante confession qu’il a accordée à Thierry Demaizière pour « Sept à huit », l’émission de Laurence Ferrari et Thomas Hugues. Mais il revient de loin notre éternel rocker. A jamais marqué par ses blessures d’enfance, sa fascination pour la mort l’aura souvent conduit bien au-delà des limites du raisonnable. Ce seront les longues années de « destroyance », comme il les qualifie lui-même. Et Johnny n’esquive rien. La drogue, la gloire, les faux amis, les mensonges, le temps qui lui manquait pour David, puis pour Laura, les affaires… Pudique, sa parole est rare. Mais aujourd’hui, il est venu pour parler. Pas pour se défiler. C’est donc une interview exceptionnelle que diffusera TF1 dimanche 6 novembre. Souvent bouleversante mais au final, pleine d’espoir. « Je n’ai probablement jamais été aussi heureux », confie l’idole. Maintenant papa gâteaux, il chante tous les jours pour sa petite Jade. Et prépare pour elle son prochain spectacle : « Je veux qu’il soit le plus beau, qu’elle s’en souvienne toute sa vie »…

Pierre Gerbownik
Rédacteur en chef

A 14 heures, au musée des Arts forains, près de Bercy, splendide dans son costume noir, déjà maquillé et coiffé, Johnny est là, concentré et… plutôt tendu ! « Je l’étais aussi, avoue Thierry Demaizière, l’interviewer. Je suis persuadé que tous ses excès et son éternel mal de vivre viennent de son enfance. Je voulais donc l’amener sur ce terrain-là pour mieux le comprendre. C’était un vrai coup de poker. Il aurait pu refuser de répondre. » Mais Johnny a parlé… « Mon père m’a abandonné à 7-8 mois… Il a vendu mon

« Dans les années 60, mes amis étaient des musiciens anglais et américains. Jimi Hendrix dormait à la maison quand il venait à Paris »

lit de bébé et m’a laissé par terre sur une couverture. » Waouh ! La phrase fait mal comme un coup de poing dans l’estomac. Dur aussi lorsqu’il évoque ses copains qui l’insultaient : « Bâtard. Ta mère t’a fait avec un boche ! » (Ndlr : il est né en 1943) « Ca m’a énormément fait souffrir », concède-t-il. Les blessures de l’enfance m’ont poursuivi toute ma vie.
Un père absent, une mère trop occupée pour l’élever, une vie de saltimbanque avec sa tante et sa fille danseuse : pas vraiment facile de se construire dans ses conditions. « Enfant, je n’ai jamais su ce qu’était un foyer. » Il dit ça sur un ton monocorde et notre cœur chavire. Evoquant sa complicité avec Jacques Brel, Johnny reconnaît, la voix cassée : « J’aurais bien aimé… (silence)… l’avoir comme père. » Perdu, sans repères, il était le candidat idéal à tous les excès, à toutes les « destroyances », un mot qu’il a inventé pour décrire les années durant lesquelles il s’est souvent perdu :   « La drogue ? J’ai tout essayé… Mais je ne suis jamais allé trop loin. Perdre le
contrôle de soi-même, ça me

fascinait, mais ça me faisait aussi très peur. » La mort ? « Oui, c’est vrai. Je l’ai fait. J’ai joué à la roulette russe avec une vraie balle dans le barillet… » Mais plus que la mort elle-même, c’est vieillir qui

 l’angoisse : « Quoi qu’il arrive, on va tous y passer. Mais je n’arrive pas à me faire à l’idée. Sans mauvais jeu de mots bien sûr. » Johnny n’élude aucun sujet. « J’ai cru au diable pendant longtemps, mais maintenant, je n’y crois plus du tout », dit-il, enfin, dans un sourire désarmant. Seul côté « diabolique » qu’il lui reste : mentir. « C’est un vice, je ne peux pas m’empêcher. J’adore foutre la merde. J’adore mentir, ça a un côté excitant, mais ce n’est jamais méchant. » Des blagues bon enfant qui prouvent qu’il est plutôt bien dans ses santiags !
Désormais, il se sent apaisé : « Je suis dans une phase de ma vie où je n’ai probablement jamais été aussi heureux. » Ainsi lorsque Laeticia apparaît sur l’écran et vante ses qualités de père, celui qui, sur son dernier album, chante « Comme un roc » se détourne soudain, les larmes aux yeux. Sur le plateau, le silence est intense. Les rares témoins sont extrêmement touchés. Bouleversant aussi, le moment où Johnny raconte le jour où sa petite Jade a marché. « J’ai réussi à avoir une véritable vie de famille…Enfin, j’ai un enfant qui grandit chez moi… C’est la première fois que j’ai vu l’un de mes enfants faire ses tout premiers pas. C’était une émotion que jamais rien d’autre ne m’a procuré. »
Du haut de ses quinze mois, la petite Jade est une privilégiée puisqu’elle est, depuis son adoption, le

premier public de Johnny, qui lui chante son répertoire quotidiennement. « Ma fille adore m’entendre chanter. Depuis qu’elle est là, je n’ai jamais autant pris ma guitare. Elle est mon inspiration et je veux que mon prochain spectacle soit le plus beau car ce sera la première fois qu’elle me verra sur scène, celui dont elle se souviendra toute sa vie, même quand je ne serai plus là. » Pourtant une ombre plane encore sur ce tableau idyllique. Il faut bien évoquer les soupçons de viol dont il a été accusé. « Le mal que ces gens ont fait à ma femme, à mes enfants, à ma mère… Ma famille a été aussi salie que moi, et ça, je ne pourrai jamais le pardonner. Ca donne envie de vomir », dit-il, avec un regard qui a viré au noir.
On le dit peu prolixe et pourtant, voilà près de trente minutes que Johnny se confie. On ne se lasse pas de l’entendre égrener sa vie si remplie de pleins et de déliés. Pourtant, l’interview touche à sa fin. Arrivé stressé, une fois les lumières éteintes, il a affiché un sourire éclatant ! Il faut croire que

Johnny Hallyday a finalement apprécié d’ouvrir grand son cœur face à une caméra. Bouleversant !


Veronick Dokan

P. S. : Sur les photos de cette page, au lieu de © Collection Philou57, il faut lire © Collection Philou67... Désolé Philou67, je me suis trompé de millésime !!!