Cinéma : "Jean-Philippe".

Jean-Philippe par Johnny Hallyday                                        Lu sur rtl.fr, mars 2006.

Au départ, j'ai refusé le projet. J'ai toujours évité les films qui touchent à la musique, surtout depuis vingt ans. Il ne faut pas mélanger les genres. Quand je suis musicien et chanteur, c'est à part entière. Même chose lorsque je suis acteur. Alors forcément, a priori, JEAN-PHILIPPE n'était pas pour moi. J'ai pourtant fini par accepter de lire le scénario et l'ai trouvé vraiment bien. Il est drôle, intelligent. Du coup, c'est la première fois que je mélange cinéma et musique. Je crois que ce n'était possible qu'avec un projet aussi atypique. Le film était d'autant plus intéressant pour moi que j'y joue quelqu'un qui n'est jamais devenu chanteur. Pour moi, l'intérêt du rôle était de jouer un Johnny Hallyday qui n'a jamais existé.
Je ne devais pas incarner un chanteur mais Jean-Philippe Smet, qui ne le connaît pas. C'est l'histoire d'un homme normal qui n'est pas devenu ce que je suis. Il fallait oublier l'apparence et ce que les gens imaginent de moi pour être celui qui porte mon vrai nom mais n'est jamais devenu chanteur. Le fait qu'il porte mon vrai nom et que les détails du début de sa vie soient les mêmes que pour moi était évidemment intéressant et créait un décalage. Jean-Philippe, c'est celui que j'aurais pu devenir si je n'avais pas chanté. Pour interpréter cela, il faut de la distance, accepter de jouer avec son image sans la trahir. C'est un travail d'acteur passionnant ! Oublier sa vie pour jouer quelqu'un d'autre qui a quand même commencé comme vous ! Dans le rôle du fan, je ne voyais que Fabrice Luchini. Je le connais depuis longtemps. Je le vois à tous mes concerts. Nous avons passé des soirées ensemble et je l'avais déjà vu "chanter" mes chansons ! Je l'ai vu monter sur une table en public, saisir une bouteille comme un micro et m'imiter. Ce rôle lui était prédestiné. S'il n'avait pas pu le jouer, je n'aurais pas fait le film. Il a pourtant d'abord refusé le projet lui aussi ! C'est sa fille, Emma, qui l'a convaincu de le relire et il a accepté. Sans lui, ce film n'existerait pas. Sur le tournage, nous avons eu parfois du mal à garder notre sérieux. Fabrice, surtout lorsqu'il interprète mes chansons, se lâchait vraiment et c'était génial. Lors de notre première scène, il s'est même roulé par terre, il continuait entre les prises ! Jamais je n'avais entendu chanter "Que je t'aime" de cette façon ! J'en ai maintenant une autre vision. Fabrice a chanté comme un fan pourrait le faire, sans essayer de m'imiter. Il se lance avec toute l'énergie que peut apporter un fan quand il interprète les chansons de son idole ! C'était un film assez long à faire et nous avions de nombreuses nuits de tournage. Pendant la mise en place des plans, on attendait beaucoup et avec Fabrice, nous avons eu le temps de discuter. Nous avons parlé de tout, et ces conversations ont beaucoup servi le film. C'était aussi l'occasion de mieux nous connaître aussi, une vraie rencontre. Luchini est un acteur intéressant et j'aimerais retravailler avec lui. Bien qu'ils soient très différents, j'ai eu autant de plaisir à travailler avec lui qu'avec Jean Rochefort sur L'HOMME DU TRAIN. Le réalisateur, Laurent Tuel, connaissait bien son sujet. Il était vraiment l'homme de la situation. C'est un bon metteur en scène et je suis ravi d'avoir fait ce film avec lui. Il travaillait sur le projet depuis déjà un an et en avait une vision très précise. Il nous demandait de nous conformer à l'histoire sans nous en écarter, c'était parfois un peu frustrant, mais il avait raison. Cela ne nous a pas empêchés d'apporter quelques petites touches sur des scènes comme celle de la plage à Quiberon ou celle de la piscine à la thalasso. Laurent savait aussi saisir ces choses-là. La scène sur la plage avec Fabrice qui me tient la partition de "Quelque chose de Tennessee" reste un grand souvenir. À partir de la scène qui n'était pas vraiment écrite, Fabrice a apporté beaucoup de choses. Notre complicité a nourri le film. J'ai chanté cette chanson des milliers de fois, et rien n'était plus difficile que de mal la chanter ! J'ai essayé de chanter comme un débutant ! J'avais Fabrice face à moi. Il s'est montré très généreux dans son jeu et m'a beaucoup aidé. Laurent a parfaitement su intégrer cela dans son film. JEAN-PHILIPPE offre des moments qui m'ont fait repenser à certaines étapes de ma vie, mais d'une façon tout à fait inédite. Pour le film, ils m'ont même fait faire du karaoké ! Preuve que ce n'est pas du tout autobiographique ! Et mes premiers engagements ont été bien plus durs que ceux du film. À mes débuts, j'ai chanté dans des mariages, devant dix personnes... Mon premier cachet était de cinquante francs anciens ! Moins d'un euro ! Mes frais de voyage étaient quand même payés... Quand je passais en première partie du spectacle de Georges Brassens – mon idole à ce moment-là - au Vieux Colombier, j'étais mort de trac. Faire du rock and roll seul avec sa guitare n'était pas facile ! Le directeur de la salle me poussait sur scène tellement j'étais mort de trouille ! Je n'ai jamais oublié mes débuts. Quand mon premier disque a marché, on a dit que ce succès ne durerait qu'un été... Nous faisons un métier excessif, fait de joies et de déprimes, et il faut se servir de tout. Un acteur se sert toujours de son vécu - bon ou mauvais, de ses propres expériences pour les vivre à l'écran. Votre expérience se glisse dans le moindre de vos gestes. Par exemple, même le simple fait d'enlever ma casquette devant le micro s'inspire du mouvement que j'avais mis au point avec Robert Hossein pour le film POINT DE CHUTE. Le film parle aussi des chemins que l'on prend et des hasards de la vie qui changent votre destinée. Même si spéculer sur ce qui est passé ne sert à rien, on peut toujours se demander ce qui fait qu'on arrive là où on est. Pour moi, tout aurait pu être différent. Quand j'ai commencé ce métier, je ne voulais pas être chanteur, mais acteur. Je prenais des cours au Centre d'Art Dramatique de la rue Blanche. Je suis devenu chanteur par hasard. J'étais fan d'Elvis Presley et j'ai commencé à chanter des chansons dans le même style. J'ai enregistré un premier disque pour payer mes cours de comédie. Il a marché et j'ai continué... J'aurais aussi pu devenir coureur automobile, comme je le souhaitais étant jeune ! Mais une chose est sûre : comme le dit aussi le film, il n'est jamais trop tard pour accomplir ses rêves. Il faut s'y cramponner, s'y consacrer corps et âme. À travers certaines scènes du film, je revisite en étranger des passages de ma vie. C'est une expérience fascinante, surtout face à Fabrice. Lorsqu'il révèle certains détails de l'enfance de Jean-Philippe, c'est assez surréaliste. Jusqu'au rendez-vous avec Pierre Mendelssohn, tout est vrai et il y a même certains détails que j'ai précisés moi-même et qui n'étaient pas connus jusque-là. On s'est beaucoup amusés aussi lorsqu'il me confie avec qui j'ai été marié, que j'apprends avec surprise avoir été l'époux de Nathalie Baye, l'actrice préférée de Jean-Philippe. Le film est rempli de clins d'œil, d'apparitions qui renvoient de façon originale à ma réalité. La séquence du concert a été un autre moment assez étrange à tourner. Toute la scène était construite grandeur nature. Il ne manquait que le Stade de France autour, et surtout le public ! Ce n'est pas mon concert mais celui de Chris Summer. Il fallait à la fois jouer et chanter. Les enjeux sont importants pour l'histoire. Antoine Dulery, qui joue la rock star, n'est pas chanteur, et pourtant il a lui-même assumé ses chansons. Il a admirablement bien chanté et se montre tout à fait crédible. C'est pour lui à la fois un rôle d'acteur et de chanteur. J'ai vraiment aimé faire ce film. Il est touchant, intelligent, drôle et aussi un peu déjanté ! Je suis certain que le public va s'amuser, qu'ils soient fans ou non. Bienvenue dans un monde où je n'existe pas !

Source : RTL