Avec juste deux ou trois minutes de retard sur l'horaire prévu, il arrive comme promis dans son restaurant « Rue Balzac ». Johnny m’a invitée à déjeuner - Hé oui, je sais, journaliste est un beau métier. Ouille ! Son légendaire regard bleu acier est embrumé. Rentré depuis peu de Los Angeles, il est encore sous le choc du décalage horaire. « Je me suis endormi à 6 heures du matin », ronchonne-t-il, avant d'oublier. Pendant plus de deux heures, c'est les idées bien claires et le coeur grand ouvert qu'il s'est livré pour nous. Femme Actuelle : le 12 novembre sort votre nouvel album « le coeur d'un homme». On a encore le trac quand on s'appelle
Johnny ? Johnny Hallyday : Mes questions sont toujours les mêmes : est -ce que ça va plaire ? Ai-je eu raison ? Cet album de blues, j'en rêve depuis cinq ans, parce que c'est la musique que j'aime profondément entendre et chanter. Mon ancienne maison de disques me le refusait, sous prétexte que seule la variété fait vendre. Avant même d'être sorti de studio, son PDG disait partout que c'était un disque de fin de carrière. Ca m’a blessé qu'il me traite comme un vieux meuble. Comme si, après quarante ans de bons et loyaux services, j'étais fini. C'est bien mal me connaître, j'ai encore beaucoup de
ressources ! F. A. : Une fois de plus la fine fleur des musiciens a travaillé pour vous. J.H. : Je me suis employé à faire un disque de qualité. Et j'ai été très gâté avec les gens qui y ont collaboré. Taj Mahal, figure historique du blues était déjà mon idole en 1967. Qu'il joue sur mon disque et chante en français avec moi sur un titre de Marc Levy
(T'aimer si mal), m'a ravi. F. A. : Plusieurs textes résonnent comme un bilan
(Que restera-t-il, Ce que j’ai fait de ma vie), on ne vous imagine pas tourné vers le
passé. J. H. : Pour chanter le blues, il faut avoir vécu,
avoir connu des déchirures, être un survivant comme Keith Richards, Mick Jagger ou moi F. A. : Justement, qu'est-ce qui vous donne le
blues? J. H. : La méchanceté et l'injustice, sans hésiter. Celles dont je suis parfois victime, lorsqu'on me fait passer pour un imbécile. Cela me blesse personnellement, mais ma famille aussi, c'est une façon de dénigrer ceux qui m'apprécient, et ça, c'est plus agaçant. F.A. : Vous avez été beaucoup critiqué en vous prononçant pour Nicolas Sarkozy, vous
regrettez ? J. H. : Je ne regrette rien. Nicolas Sarkozy est mon ami, et donc je le défendrai toute ma vie. (Un rien agacé.) Mais pourquoi est-ce qu'en France, quoi que je fasse ou dise, on me demande tout le temps de me justifier ? Je ne suis pas un politicien, je vote avec mon coeur. Ce que j'espère à la tête de l'Etat, c'est un homme - ou une femme, qu'importe - qui soit bon pour les Français, qui améliore leur sort et les rende plus heureux. Nicolas Sarkozy me semble être celui-là. F. A. : Etre de droite, ce n'est pas une attitude très rebelle ? J. H. : Je ne suis ni de droite ni de gauche ou alors, pour ne pas être dans la négation, disons que je suis de droite et de gauche. Si Nicolas avait été de gauche, j'aurais voté pour lui de la même façon. C'est en l'homme que je crois. F. A. : On vous a aussi reproché votre exil en Suisse ? J. H. : Arrêtons de dire que je ne paye pas d'impôts en France. Apres ma dernière tournée, j'ai fait un chèque au Trésor public de 5 millions d'euros. Je suis français, j'aime mon pays, j'ai servi sous son drapeau, on l'oublie. Je ne suis pas ingrat, mais j'en ai marre qu'on me prenne pour la tour Eiffel ! J'habite
où je veux. F. A. : Vous le savez bien. Pour vos fans, vous représentez un mythe, presque un dieu vivant. J. H. : Ce n’est pas ce que je vois dans ma glace au réveil ! (Rires.) Tous ces qualificatifs, je ne me les explique pas. Ca me paraît même insensé.
Je vais vous dire qui je suis vraiment : rien qu'un p'tit mec sorti du neuvième arrondissement de Paris, qui a commencé à chanter Georges Brassens, puis Elvis Presley, et qui est devenu Johnny Hallyday sans savoir vraiment pourquoi. Je ne suis rien d'autre qu'un homme comme les autres avec même parfois quelques excès !
F. A. : Votre femme Laeticia est la marraine de notre opération « Les
Femmes formidables ». Elle est aussi ambassadrice de l'Unicef. Que pensez-vous de son
engagement ? J. H. : Quand on est Johnny Hallyday, on se demande souvent si on vous aime pour vous ou pour ce que vous représentez. Quand j'ai rencontré Laeticia, je n'ai eu aucun doute, et elle n'a cessé de me le prouver depuis. C'est une femme qui a un coeur extraordinaire. Elle pourrait profiter de la vie que je lui offre sans se poser de questions. Ce n'est pas son genre. Elle se remet sans cesse en cause, elle se bat chaque jour pour améliorer le sort des enfants. Dans deux jours, elle part en mission à Madagascar. Cela perturbe notre vie de famille, mais je lui dis bravo, je la soutiens et je I'admire. F. A. : C'est elle qui a trouvé le titre de votre dernier album ?
J.
H. : Je cherchais un gimmick autour du mot « blues
». C'était une mauvaise idée. J’ai chanté ce
blues avec mon coeur, Le coeur d'un homme, tout simplement. F. A. : Quel est votre dernier coup de coeur ? J. H. : Pour mon ami Jacques Dutronc, formidable dans
Le deuxième souffle d’Alain Corneau. F. A. : La dernière fois que votre coeur a saigné ? J. H. : Très récemment. A la mort de ma maman. F. A. : La prochaine fois que votre coeur va trembler ? J. H. : Quand ma petite Jade va aller à l'école, et c'est pour bientôt. La savoir loin de nous un jour entier, ne pas pouvoir veiller sur elle du coin de l'oeil, ça m’inquiète à l’avance !
Un
album où notre rocker s'offre un vrai retour aux
sources... et avec, s'il vous plaît !, deux guest stars
: Taj Mahal et Bono !