Johnny en concert.

Le Palais des Sports.

- 14 Novembre 1967 -

À première vue, drôle de décision que celle prise fin août 1967 : programmer une rentrée parisienne d'un soir pour Johnny Hallyday cet automne, mais il est évident qu'une demande Hallyday existe encore à Paris, se partageant entre ceux qui n'ont pas eu de places pour se rendre à l'Olympia au printemps et ceux que les derniers disques de Johnny ont ralliés à sa personne. Et c'est l'année aussi où Johnny Hallyday s'est mis à dominer sa voix et son corps pour se hisser au rang des meilleurs vocalistes et des plus grands show men internationaux.
Ce spectacle intéresse Europe 1, et Bruno Coquatrix n'est pas contre. Seule contrainte : il serait inutile et vain de refaire le spectacle de l'Olympia, il faut imaginer autre chose...

Dans un premier temps, ce spectacle unique est prévu à l'Olympia. Cependant, les places s'envolent si vite qu'il faut, déjà, résoudre un premier problème :  Faut-il faire deux séances ? Parallèlement, Johnny, qui a un peu de temps de libre, se rend au Palais des Sports pour assister à un combat de boxe avec quelques amis. Un témoin raconte: "C'est alors qu'il me dit: "C'est ici qu'on devrait faire le spectacle. T'as vu l'ambiance ?" Je dois avouer qu'on a cru qu'il était tombé sur la tête." Ce sera donc le premier Musicorama de Johnny Hallyday au Palais des Sports, ce qui monte la barre d'un cran puisqu'il faut envisager d'occuper une scène au moins deux fois plus grande que celles qu'on connaissait jusque-là.

Va s'engager alors une course contre la montre. "Soyons réalistes, demandons l'impossible", pendant que Johnny, Micky Jones et Tommy Brown commencent à travailler sur la partie strictement musicale du show, une équipe indépendante prend en charge l'organisation matérielle et plastique de cet incroyable et réjouissant happening.
Johnny annonce : "ce sera un spectacle total, Je vais tout casser et ils vont tout casser." Il ne croit pas si bien dire...
Puisque Johnny a décidé de "tout casser", le régisseur a pris contact avec une... casse, justement, pour faire acheminer porte de Versailles une cargaison de carcasses de voitures accidentées... Un proche de Johnny se souvient d'un coup de fil de la maison Cibié. À l'époque, l'équipe n'a pas donné suite. Contact est repris avec la maison Cibié et l'on finit par aboutir à un accord. Huit cents phares seront vissés sur huit panneaux de bois verticaux, immenses... Ce n'est pas suffisant. On décide de fixer, au revers de ces panneaux, des sculptures, des feux de Bengale, des feux d'artifice, des soleils... Parallèlement, l'équipe fait accrocher aux structures de la salle quatre cent cinquante spots, des lanternes tournantes, des bombes à encens, des fleurs géantes, des sacs énormes qu'on remplit de pétales séchés... Et pour faire bonne mesure, on passe commande de films underground... La dernière trouvaille de l'équipe est de précipiter sur le public du pop-corn et des confettis... Ultime avatar négocié en catastrophe par la bande : il a été décidé que lorsque Johnny chantera San Francisco, seront distribuées quelques centaines de roses, (quelqu'un s'avise qu'il est inimaginable de lancer toutes ces roses dans la salle, affublées de leurs épines. Voici donc l'équipe, les techniciens, les roadies, les décorateurs, les électriciens et le service d'ordre installés dans les coulisses, un couteau d'épluchage de légumes à la main, en train de racler les épines)...

Les premières mesures des Coups retentissent. Au même moment, les huit cents phares s'allument et les immenses battants pivotent, livrant à la foule debout sur les fauteuils un Johnny Hallyday en chemise vermillon, veste argent, pantalon et boots or. Les musiciens portent des chemises à jabot, des gilets en velours d'une couleur différente pour chacun. Cette débauche de lumières et de sons, Johnny la domine de toute sa stature. En coulisses, il paraissait prostré, à tel point que son entourage se demandait s'il tenait vraiment la forme pour relever un tel défi. En trois minutes, les voilà rassurés.

Il a interprété :

Lucille (instrumentale)
Les coups
Petite fille
Maintenant ou jamais
Mon fils
Si j'étais un charpentier
Je veux te graver dans ma vie
San Francisco
Fleurs d'amour et d'amitié
Le pénitencier
Aussi dur que du bois
Hey Joe
Jusqu'à minuit
Confessions
Je suis seul
Noir c'est noir
(Présentation des musiciens)
Noir c'est noir (reprise)
Psychedelic
Et pour finir : "Lucille", en version originale...
Une vingtaine de minutes de violence pure, que Johnny exécute arc-bouté sur son micro, puis à genoux, renversé en arrière sur le dos, ou en reptation comme un serpent blessé pendant que les cuivres miment une mise à mort, que Micky Jones défonce son ampli avec le manche de sa guitare, que Tommy Brown pulvérise sa batterie. Johnny se déleste maintenant de sa guitare et la fracasse sur le sol avant d'en jeter les débris à la foule.

Au terme du "fabuleux Lucille", Il regagne les coulisses en titubant, récupéré de justesse par son équipe. Il a juste le temps de souffler : "On s'en va" et il s'évanouit. Vent de panique car rien n'est prêt pour son départ. On trouve une Bentley, on l'allonge sur le siège arrière, un médecin se précipite pour lui faire une piqûre sous le flash d'un photographe, et la voiture s'éloigne dans la nuit agitée de la porte de Versailles, direction Neuilly.

Ils l'ont accompagné :

The Blackburds, avec :

Guitare solo, direction orchestre : Micky Jones
Batterie, direction orchestre : Tommy Brown
Trompette : Gilles Pellegrini
Piano, orgue : Raymond Donnez
Saxophone ténor, flûte : Gérard Pisani
Trombone : Luis Fuentes
Trompette, trombone à pistons : Pierre Ploquin
Trompette : Jacques Ploquin
Saxophone ténor, baryton, hautbois : Jean Tosan
Guitare basse : Gérard "Papillon" Fournier
Bongos, percussions : Sam Kelly

Le staff Hallyday, sommé de rendre le Palais des Sports dans un état aussi proche que possible de celui qui était le sien avant le happening Hallyday, il lui reste une dernière question à résoudre. Que faire de soi quand on a sur les bras huit cents phares anti-brouillard extraits de leur emballage et, donc, parfaitement invendables ?

 

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