J.H.
- Je me ferai jamais tirer les peaux. Pas faire d'implants
non plus : Jacques Revaux, le mec qui s'occupe de Sardou
s'en est fait faire et on dirait qu'il a les poils du cul
posés sur la tête.
T.A. - Y'en a un qui s'est pas fait de cheveux blancs pour
toi, c'est bien ton père.
J.H. - Un jour, j'avais deux mois, il est descendu acheter
du beurre et il a fait le coup des allumettes : il est
jamais revenu...
J.-L.M. - Sacré Léon !
T.A. – Il vivait de quoi, au fait Léon ?
J.H. - Mon père, il était comédien. Il présentait une
émission à la télévision belge, et comme il arrivait
bourré, ils ont fini par le virer. Il est tombé un peu
plus dans la bouteille avant de tout laisser tomber... J'ai
des nouvelles de lui chaque fois qu'il a besoin de pognon...
La dernière fois, c'était une carte postale de Singapour.
J.-L.M. - Grâce à Dieu, tu avais ta maman.
J.H. - Ma mère était mannequin, et comme elle n'avait pas
le temps de s'occuper de moi, elle m'a confié à ma tante :
j'ai dû la voir sept-huit fois jusqu'à l'âge de seize ans…
De toute façon,
quand j’ai eu six ans, l'une des filles de ma tante avait
épousé Lee Hallyday et j'étais parti avec eux...
T.A. - Profession du gendre de la tante?
J.H. - Quoi ?
J. –L.M. -Il faisait quoi, Lee ?
J.H. -II était venu de New York à Londres avec la troupe
de la comédie musicale « Oklahoma ». Il était danseur,
danseur étoile !
T.A. - Des frères, des sœurs ?
J.H. - Deux demi-frères.
J. -LM. - Ça fait un frère. Profession ?
J.H. - J'ai un peu honte de le dire... Euh... inspecteur...
des Impôts.
J.-L.M. - Et l'autre ?
J.H. - Les deux.
T.A. - Ils ont rien pu faire pour ton tiers, tes
demi-frères ?
J.H. - Les impôts, tu finis toujours par les payer.
J.-L.M.
– Et l’école, tu as pu y échapper ?
J.H. - Moi, j’ai quarante ans et je suis en tournée depuis
trente-huit ans ! Quand j'étais petit, Lee, c'était comme
mon père, comme mon frère, je les accompagnais en tournée,
lui et sa femme, et je suivais les cours par correspondance de
l'Ecole des Artistes... Mais à cette époque-là, ce que j'ai
surtout appris c'est déchiffrer le solfège, écrire la
musique et jouer de la guitare... Quand j'ai eu quatorze ans,
on s'est arrêté quelque temps à Paris, c'est là que j'ai
laissé tomber les études... J'avais même pas le certif...
C'était l'époque de « Graine de Violence », les premiers
perfectos, les premières bottes, les premiers crans d'arrêt,
les Vespa qu'on peignait soi-même, avec la queue de renard au
bout de l'antenne... HALLYDAYLINQUANT
T.A. - A quelle bande de blousons noirs appartenais-tu ?
J.H. – Moi, c'était la bande de la Trinité. Y avait
Dutronc, Hadi Kalafat, Françoise, Françoise Hardy... On
essayait de jouer aux durs, mais on était moins durs que la
bande du Sactos, ceux du Sacré-Cœur.
J.-L.M. - Est-ce que, à l'époque, Jacques flirtait déjà
avec Françoise ?
J.H, - II était trop timide ! Par contre, moi j'aurais bien
aimé mais elle a pas voulu.
J.-L.M. - Et Eddy, tu l'as connu quand ?
J.H. - Je l'ai rencontré au Golf comme Long Chris... Mais, à
cette époque, Eddy et moi, on était dans des bandes
différentes. Un jour où il m'avait piqué en flag en train
de faucher des disques de Bill Haley dans une surboum, il m'a
foutu son poing dans la gueule.
J.-L.M. - C'est au Golf que tu as commencé ?
J.H. - Non, c'est à l'Orée du Bois: je chantais « Davy
Crockett » avec une Ohio et des pompes en daim rouge.
J.-L.M. - Et vingt-cinq ans plus tard c'est quoi ta chanson
préférée ?
T.A – « Gabrielle »?
J.H. - Non, c'est « Ma Gueule ».
T.A.
- C'est pour faire comme Elvis que tu as fait ton service en
Allemagne ?
J.H. – Non, mais ils ont eu peur que je fasse le con : ils
ont préféré mettre une frontière entre mes fans et moi.
Cela dit, j’ai fini sergent... Comme Elvis.
T.A. - Et ton coiffeur, il vient de Memphis ?
J.H. - Non, c'est un copain de Nathalie, un coiffeur de
cinéma qui passe de temps en temps.
J.-L.M. - Tu t'habilles à Nashville ?
J.H. - J'ai profité des séances avec Tallent pour faire une
provision de 501. Mais les bottes et la ceinture viennent de
chez Nudies à Los Angeles, là où étaient faits les
costumes de scène d'Elvis. La ceinture est composée de trois
ors différents, elle est incrustée de saphirs : mille
dollars, il y a dix ans.
TA - C'est ça, la véritable élégance, mon frère.
J.-L.M. - A Paris, chez qui as-tu tes mesures?
J.H. - Chez tout le monde. Ils ont tous mes mesures en
fonction de mes variations de poids : J'ai qu'à leur
téléphoner.
TA. - Tu leur commandes aussi tes slips ?
J.H. - C'est con pour la goutte, mais je mets jamais de slip!
Ha ! Ha ! Ha ! HALLYDAYFONCE
J.-L.M. – T’as d'autres sales habitudes, à part les
taches jaunes ?
T.A. - D'autres vices ? Bagarreur ?
J.H. - C'est un vice, ça ? Moi, quand on me cherche, comme j’aime
pas recevoir de coups sur la gueule parce que ça fait mal, je
cogne le premier.
T.A – Les – coups – quand – ils - vous-arrivent...
J.-L.M. - Les clopes, ça fait pas du bien non plus.
J.H. - Surtout que je fume trois paquets de Gitanes sans
filtre par jour.
T.A. - C'est ton record ?
J.H. – Non, c'est quatre ! Mais en ce moment, j'essaie de
redescendre à un et demi… C’est pour ça que je fais du
jogging : ça me coupe l’envie de fumer pendant deux-trois
heures.